index  symbol 
[Causeries]

 
Texte de Evelyne Olah.
Extraits de "Cheval et Somatothérapies" 1998.
 
La Symbolique du cheval dans les mythes, littérature et religions.
 
syvivi
 

Au troisième millénaire avant Jésus-Christ, les Hourrites, originaires des steppes du nord de la Mer Noire, ont introduit les chevaux dressés en Mésopotamie.

Depuis lors le cheval ne cesse de jouer un rôle essentiel dans la vie consciente et inconsciente de l'homme.

L'étymologie du mot cheval remonterait au sanskrit et se rapporterait à une forme de mouvement perpétuel, puissant, rapide mais empreint de sagesse et d'harmonie.

sylicorne 
La licorne, cheval blanc portant une corne unique, reste dans la mythologie le symbole de la pureté et de la sagesse. Sa corne serait faite d'ivoire torsadée, prenant ainsi à la fois une dimension phallique évidente, et une dimension spirituelle avec cette spirale en 3-D au niveau de ce que l'on apelle le troisième oeil (ou Ajna chakra). J'ai souvent pu observer dans mes rapports avec certains chevaux dits difficiles, et surtout chez les jeunes, à quel point ceux-ci étaient sensibles à un massage voir simplement à un contact à cet endroit là.
 
Calme, détente, confiance sont les impressions majeures que je peux en retenir.
Mais la licorne, comme la majorité des chevaux mythiques, porte une "double casquette" et symbolise également l'agressivité sexuelle masculine.

Le cheval apparait donc souvent comme un grand paradoxe, à la fois magnifié dans la mythologie ( au sein de laquelle il oscille aussi entre symbole mâle et femelle, guerrier et pacificateur, feu et eau, mort et renaissance ... ) et les fables populaires, et également humble compagnon de labeur de l'homme depuis des siècles, asservi aux tâches les plus rudes ( travail dans les mines très bien décrit dans Germinal de Zola, compagnon de famine et d'horreur pendant la guerre en Russie etc ... ).
 
sychevciel 
L'imprégnation collective est telle qu'il nous est certainement difficile aujourd'hui d'imaginer les traces que le cheval a laissé dans notre mémoire archétypale.

Cette double symbolique se retrouve dans de nombreuses mythologies (d'Asie centrale, d'Irlande, d'Europe, du vaudou Africain, Tahitien, Celte ... ) où le cheval est associé originellement " aux ténèbres du monde chtonien surgi des entrailles de la terre et des abysses de la mer ". "Porteur de vie ou de mort, il est lié au feu destructeur et triomphateur, et à l'eau nourricière et asphyxiante". Dictionnaire des symboles.

sybustech  Mais le cheval peut cesser d'être chtonien (lié à la terre) pour devenir ouranien (lié au ciel) et blanc, courrier céleste tels les chevaux des Saints, des Héros, des conquérants spirituels. Il représente alors l'instinct contrôlé, maitrisé, dépassé.

 

  Ce long cheminement en compagnie des cavales infernales et des coursiers de la mer a rempli mon regard imaginaire de sabots, d'étincelles, de crinières mouillées, de naseaux en feu, d'entrailles surgies de ventres ouverts, de barques bercées, de croupes frémissantes...    

En Inde, dans la religion primitive, le cheval tient une place prépondérante dans les hymnes à Indra (Dieu guerrier souvent représenté tenant à la main le vajra : la foudre, l'éclair, aussi le diamant ... ). Vishnou, dans une de ses métamorphoses, s'incarne en cheval blanc.
Athéna, déesse de la guerre dans la mythologie grecque, est parfois associée à un cheval, celui-ci revêt alors sa panoplie d'orage, d'éclairs et de tonnerre. L'image du centaure, symbole guerrier par excellence, serait également à approfondir.
 
sycentaure 
sysassir  La "plus noble conquête de l'homme", était pour les Assyriens un attribut de puissance et de noblesse employé pour la chasse et la guerre. Ces derniers excellaient par ailleurs dans l'art équestre et dans les soins aux chevaux. 

Dans notre tradition religieuse il ne faut pas oublier que, identifié à l'archange Saint-Michel, Saint-Georges à cheval terrassant le dragon symbolise le bien et le mal.
Nous retrouvons également ces archétypes dans la lame 7 du tarot "le chariot" , où les chevaux, parfois des sphinxs, représentent les forces inconscientes de l'homme, sa personnalité inférieure, ses instincts. Le Prince menant l'attelage symbolise l'aspect conscience de l'Etre le Soi, l'Âme. Utilisant ses émotions sans en être l'esclave (maîtrise de la jouissance?), le Prince conduit alors son char (en référence à la notion de véhicule, la Voie, "yâna" Indienne), sans rènes, dans un parfait équilibre corps-esprit, revêtant ainsi la puissance maitrisée.
 
sytarot
 
L.Tailhade, dans "le chant de Glacus ", invoque la force titanesque:

sychdebout 
... Titan, qui chaque soir t'endors sur ta victoire
jetant au monde impur ta flamme expiatoire,
Dompteur aux cheveux roux qui te plais aux travaux
Glorieux de tes blancs et farouches chevaux,
Arche, Hypérion, Soleil ! Roi des espaces..."
 
Le thème force, puissance, Feu, va même souvent jusqu'aux flammes de l'enfer.

La valeur symbolique du cheval était originellement funéraire. L'animal était souvent associé au royaume des morts auxquels on le sacrifiait et il jouait un rôle de " psychopompe" (guideur d'âme) dans de nombreuses cultures asiatiques et dans la Grèce mycénienne où des chevaux sont sacrifiés aux héros morts afin qu'ils les emmènent dans les champs de l'Au-delà.

Les chamans anciens se servaient de tambours en peau de cheval et gagnaient le monde des esprits sur le cheval symbolique de leurs batons coudés.

stmichel 
Le cheval devient même la seule monture de l'Au-delà dans certaines cultures Brésiliennes et vaudous et la civière des mourants s'est longtemps appellée en France le "cheval de St Michel".
 
Dans le folklore allemand on trouve, d'après Jung, une évocation selon laquelle l'éclair est le pied de cheval lancé sur les toits par le diable.

Ce qui s'attache à l'énergie, à la force, à la virilité, dégage vite une odeur satanique ... d'autant que le thème le plus puissant à la rencontre du cheval doit être la coloration sexuelle du symbole: impétuosité des désirs, énergie effrénée,vitale et inconsciente (selon Jung ).

Les symboles du premier groupe seront résolument phalliques (le sabot fécondant, les naseaux crachant le feu, l'éclair, la chevauchée fantastique, le soleil comme char d'Appolon ... Les symboles du deuxième groupe se rattacheront donc à la femme, l'eau: dans la solitude glacée de la Russie enneigée, V.Hugo décrivait:

" ... les blessés s'abritaient dans le ventre des chevaux morts..."
image cruelle du retour à la mère...

Peut être est-ce le moment de rappeler que les chevaux, dans l'antiquité, étaient consacrés à Mars et à Neptune. Le dieu de la flamme guerrière et celui de l'océan avaient donc reçu chacun sa part du symbole hippique.
" ... la mer ondulait sous eux comme un cheval et comme une femme..."
Montherlant.

"Nous voyions les vagues humides
Comme des cavales numides
Se dresser, hennir, écumer;
L'éclair rougissant chaque lame
Mettait des crinières de flamme
A tous ces coursiers de la mer..."
V. Hugo.


Après la mort... , "il ne nous restera plus alors qu'à demander à Pégase de nous délivrer de ces lourdes visions et de nous conduire au ciel de la sublimation" G.Romey.

Baudelaire exprime en quatre vers toute la désespérance d'une situation dépressive où l'être, conscient de la perte des forces, aspire à son propre anéantissement:

" Le goût du néant
Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,
L'espoir, dont l'éperon attisait ton ardeur,
Ne veut plus t'enfourcher! Couche toi sans pudeur
Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle bute."


Cet "autrefois amoureux de la lutte " suscite les images de victoires passées. Elles sont abondantes autour du cheval, soit qu'elles chantent la force de la partie victorieuse, soit qu'elles clament la soumission du vaincu.

Cela n'est pas sans rappeler la théorie des catastrophes de R.Thom, reprise et complétée par R.Meyer dans " Freud en-corps " où le passage d'une étape de vie à une autre est souvent difficile voire pathologique dans certains cas. Le cheval "passeur" et porteur sera là pour nous accompagner si seulement nous savons l'entendre...

Désir de domination, impétuosité passionnelle qui égare la conscience...

Dans l'Apocalypse, à l'ouverture du 2éme sceau, sort un cheval roux: "celui qui le montait reçut le pouvoir d'enlever la paix de la terre, afin que les hommes s'égorgeassent les uns les autres et une grande épée lui fut donnée ".

Le "dompteur "qui se complait aux travaux glorieux de ses chevaux, c'est l'être exalté qui a la prétention de dominer par l'esprit mais qui en est incapable, dépassé qu'il est par l'emportement de sa propre énergie.

"La Vie est triomphante et l'Idéal est mort,
Et voilà que, criant sa joie au vent qui passe,
Le cheval enivré du vainqueur broie et mord..." .
Verlaine.


Quand la vie triomphe et que l'idéal est mort, c'est que l'impétuosité des désirs domine l'esprit impuissant à faire prévaloir l'orientation juste. C'est que le cheval, en fait, reste indompté ! Et cette défaite de l'esprit pourrait apparaitre comme la perte de l'Espoir essentiel. Nous reviendrons sur l'importance de ces notions de "présence juste "à l'animal et donc à soi .

L'âme qui dans son rêve rencontre le pâle cheval de l'Apocalypse est une âme engloutie dans sa propre énergie vitale. La perversion des désirs naturels a atteint chez elle un stade où l'espoir essentiel a perdu tous ses droits. Par aveuglement vaniteux et sentiment coupable, par l'exaltation des désirs, elle a perdu l'orientation juste. Elle baigne en permanence dans ce que Diel désigne comme le "carré des fausses motivations": tendances vaniteuse, coupable, sentimentale, accusatrice.

Toujours dans l'Apocalypse, ce cheval de la mort (de la mort de l'âme) est indiscutablement lié à ce carré des fausses motivations: il est marqué du chiffre 4, " il apparait à l'ouverture du 4éme sceau et son cavalier reçoit en partage un quart de l'univers! " G.Romey.

Mais on doit remarquer que ce cheval pâle se distingue du cheval blanc qui porte le premier cavalier, chacun correspondant à une étape différente durant ce long parcours initiatique.

Ce stade ne serait qu'une régression où le cheval joue alors le rôle du sein maternel, au coeur de la matrice fusionnelle ( la T.A.C.: Thérapie Avec le Cheval, se décrit comme agissant sur les étapes pré-oedipiennes.)

Cela serait aussi en correspondance avec les étapes du mécanisme de la dépression: excès émotionnels, cassure de l'élan vital excessivement dispersé, reconcentration de l'énergie.

Nous finirons cette rapide présentation avec le mythe de Pégase, Cheval blanc ailé, fils de Poseidon et de la méduse, et qui fera naître, d'un coup de sabot, la fontaine Hippocrène. Pégase sera capturé avec un bridon d'or offert par Athéna puis donné par les dieux à Bellerophon pour tuer la Chimère. Pégase rejoint souvent la symbolique du premier cheval blanc de l'Apocalypse. Il restera également le cheval des poètes authentiques...

L'âme imprégnée du blanc cheval ailé a trouvé la clef qui libère de la pesanteur et ouvre la voie des secrets de l'inspiration. Les mythes et les légendes confèrent au cheval ailé le " caractère lumineux qui symbolise la spiritualisation fécondante et indique son appartenance au Logos".G.Romey.
C'est le stade où, les pulsions matérielles et sexuelles étant non pas négligées mais pleinement vécues, avec la maitrise de la jouissance et la jouissance de la maîtrise, la fonction spirituelle, en charge de l'évolution de chaque être et de l'espèce, peut enfin jouer son rôle de guide sublime...

Le cheval intègre donc parfaitement la dialectique structuro-fonctionnelle qui se joue à l'interface entre le sujet et son environnement: l'émotion à la réception des messages et la communication à l'émission de la réponse.
Ces fonctions se délimitent par des

- clivages externes-internes :

Ces clivages se situent entre messages et vécus (émotion), entre vécu et réponse(communication).

Pour exemple la sensation forte d'inconfort, de "tape-cul" que provoquent les changements de rythmes à cheval pour un débutant. Et les " réponses" techniques se trouveront selon les différents vécus, dans des exercices de prendre-prise ( ajuster les rènes pour diminuer la cadence en serrant le cheval entre ses jambes par ex.) ou de lâcher-prise ( "s'enfoncer" dans son cheval en expirant au maximum et sentir les mouvements dans son bassin).

- clivages internes psycho-somatiques:

Entre le mental ( intuition,imagination,réflexion) et le corporel (sensation,action).

Je veux que mon cheval parte au galop: je serre les jambes et ouvre les doigts, essaye d'appliquer toute la technique dont je dispose (si je m'en souviens !) et ... le cheval accélère le trot au lieu de galoper, je suis de plus en plus déséquilibré...

Et si j'essayais simplement de sentir le mécanisme du galop dans mon corps et de devenir cheval quelques secondes: mon corps prendrait automatiquement la posture juste à ce moment là, en harmonie avec le cheval, en communication profonde et indescriptible ... nous galoperions ... naturellement,

- clivages internes essentio-attentionels:

Entre vécu et contrôle (jouissance et maitrise), je galope, je suis avec mon cheval, entre inspir et expir, je cède et j'agis au moment propice, on se comprend, enfin...

La levée du clivage permet de réfléchir et d'agir en tenant compte de nos sensations, intuitions, en restant ouverts à nos besoins, nos désirs, nos émotions.

Et si nous laissions le cheval, tel un pont s'érigeant entre la terre et le ciel, nous y aider?
pegase   
Pégase,Cheval ailé, cheval du dépassement de soi, de l'unification...
qui peut permettre d'accéder au théorème de l'humain la plus difficile,
la plus noble conquête de l'homme!
   
 


Haut
[Index] [Accueil] [Galerie] [Causeries] [Disciplines] [Liens] [L'auteur]